Affichage des articles dont le libellé est polyphonie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est polyphonie. Afficher tous les articles

mardi 21 mars 2017

La fille d'avant de JP Delany



Quatrième de couverture: 

Après un drame éprouvant, Jane cherche à tourner la page. Lorsqu’elle découvre le One Folgate Street, elle est conquise par cette maison ultra moderne, chef d’oeuvre de l’architecture minimaliste, parfaite. Mais pour y vivre, il faut se plier aux règles draconiennes imposées par son architecte, Edward Monkford, aussi mystérieux que séduisant. Parmi celles-ci : répondre régulièrement à des questionnaires déconcertants et intrusifs. Peu à peu, Jane acquiert une inquiétante certitude : la maison est pensée pour transformer celui qui y vit. Or elle apprend bientôt qu’Emma, la locataire qui l’a précédée et qui lui ressemble étrangement, y a trouvé une fin tragique.
Alors qu’elle tente de démêler le vrai du faux, Jane s’engage sur la même pente, fait les mêmes choix, croise les mêmes personnes… et vit dans la même terreur que la fille d’avant.
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean Esch.

JP Delaney est le pseudonyme d’un écrivain qui a publié plusieurs romans à succès sous d’autres noms. La Fille d’avant est sa première incursion dans le thriller psychologique.


Mon avis:

Je mets La Fille d'avant dans le tas de livres qui m'ont été vendus et survendus comme étant le nouveau la Fille du Train ou Gone Girl. Cette folie va-t-elle finir? Pourquoi un livre ne peut-il pas rester sur ses propres mérites? Je suppose que c'est ma faute de céder encore une fois à un livre avec le mot "Fille'' (ou Girl). 

Encore une fois, j'atterris dans la minorité. Les chroniques que j'ai vues de La Fille d'avant ont été toutes positives voire dithyrambiques et apparemment il sera bientôt adapté au cinéma. Alors, prenez cette chronique avec des pincettes. Ce ne sont que les pensées et les sentiments d'une humble lectrice.

Alors quoi? - Je ne comprends pas. 
Tout ce scénario est étrange. Je n'ai rien contre l'étrange quand c'est crédible, mais là, c'est incohérent, impair. Complètement invraisemblable!
Quelle personne raisonnable accepterait de vivre dans cette situation?  oublions raisonnable - pourquoi quelqu'un s'inscrirait-il pour cela?

Je ne sais si c'est moi, mais pas question que j'accepte un jour d'abandonner la plupart de mes biens pour m'installer dans une boîte en pierre minimaliste comme maison, qui vient en plus avec plus de 200 stipulations faites de règles restrictives et ridicules. Et aussi, réussir un questionnaire bizarre, et voir s'arrêter mes «commodités» à chaque fois que le maniaque perfectionniste de propriétaire veut que je réponde à une autre série de questions. Le tout dans un effort pour évaluer mon «évolution» ou mon acceptation du style de vie que la maison exige. 

Je m'en fous de savoir à quel point la maison est belle ou à quel point le propriétaire est un architecte célèbre; je ne le ferais pas!

L'auteur vend l'idée en recueillant la sympathie du lecteur à l'égard des deux femmes et l'attrait de la technologie haut de gamme. C'est la maison intelligente ultime; les deux femmes ont récemment connu des tragédies et ont besoin d'un nouveau départ. Et, bien sûr, le loyer de cette pseudo cellule de pierre est assez bon marché. Hmm. . . Je me demande pourquoi?

Ok, j'arrête mon cirque, un peu d'objectivité s'impose. On reprend du début:

On suit l'histoire à travers les voix des deux femmes:
Emma, la locataire précédente, et Jane, la locataire actuelle. L'histoire alterne passé (avant) et présent (maintenant), situés à deux ans d'intervalle, à un rythme assez rapide avec des chapitres très courts. 

Nous pouvons voir comment leurs récits se reflètent et c'est parfois un peu alambiqué. 
Plus d'une fois, j'ai dû retourner au début du chapitre pour voir dans la tête de qui j'étais, parce que j'étais un peu perdue. 
J'ai aimé la notion d'être prise dans une histoire ou dans votre passé et de recréer voire revivre cette même histoire encore et encore. Mais c'est presque tout ce que j'ai aimé. 
L'intrigue entière semble un désordre emmêlé et pas un que j'ai particulièrement apprécié de dénouer. 

Cependant, il y avait quelque chose qui me faisait tourner les pages. Je ne peux pas dire que j'ai été impressionnée cependant - pas par les personnages (car je déteste les femmes faibles), le scénario ou même le "twist" final -je mets les guillemets parce que je l'ai deviné dès le début-. 

Bref, une lecture agréable tout au plus. Je n'ai toujours pas vu ce que tant d'autres y ont trouvé d'exceptionnel!





jeudi 9 février 2017

Cet été-là: Le thriller tant attendu tient ses promesses!



Merci aux éditions Sonatine de m'avoir permis de découvrir ce roman avant sa sortie


Quatrième de couverture:


Tout ce qu’on a su de cette soirée-là, c’est que Katie Mackey, 9 ans, était partie à la bibliothèque pour rendre des livres et qu’elle n’était pas rentrée chez elle. Puis peu à peu cette disparition a bouleversé la vie bien tranquille de cette petite ville de l’Indiana, elle a fait la une des journaux nationaux, la police a mené l’enquête, recueilli des dizaines de témoignages, mais personne n’a jamais su ce qui était arrivé à Kathy.
Que s’est-il réellement passé cet été là ?
Trente ans après, quelques-uns des protagonistes se souviennent.
Le frère de Katie, son professeur, la veuve d’un homme soupçonné du kidnapping, quelques voisins, tous prennent la parole, évoquent leurs souvenirs. Des secrets émergent, les langues se délient.
Qui a dit la vérité, qui a menti, et aujourd’hui encore, qui manipule qui ?
 Avec ce magnifique roman polyphonique, littéralement habité par le désir et la perte, Lee Martin nous entraîne dans la résolution d’un crime à travers une exploration profonde et déchirante de la nature humaine.


Mon Avis:


Attention! les fans de Thomas H. Cook et de l'affaire Harry Québert vont adorer!

S'il faut résumer ce roman dans un seul mot ça sera: REGRET! une vraie contemplation réfléchie sur la nature du regret, mais aussi un page-turner qu'on ne peut lâcher une fois entamé.

S'il est des romans qui brillent d'emblée par le style de l'écriture, Cet été-là en fait certainement partie. Ce qu'on pourrait prendre à tord pour de la préciosité s'avère être un soin exceptionnel apporté à la narration, sans fioritures et sans artifices.
Ce roman triste mais envoûtant hantera vos pensées des jours après l'avoir terminé.

Katie Mackey, une charmante jeune fille de neuf ans, originaire d'une famille très respectée et aisée, a disparu. L'histoire est racontée par divers locuteurs, tous habitants de la ville et tous en rapport d'une façon ou d'une autre avec cette disparition.

La vie dans cette petite ville insignifiante de l'Indiana, au cours d'un été chaud au début des années 70 est dépeinte dans ses détails les plus anodins. La disparité des conditions de vie entre riches et démunis est clairement révélée au lecteur dès le début. Certains passages relèvent même d'une vraie critique sociale car le village est scindé en deux parties, une où résident les "bourgeois" notamment le père de Katie, propriétaire de la verrerie qui est la plus grande industrie de la ville; et l'autre où habitent le reste de la population, pour la plupart ouvriers et fonctionnaires dont Mr Dee le professeur qui donne des cours particuliers à Katie, Claire la concierge sans enfants et son deuxième époux l'étrange Raymond R.

Avec une prose sans effort, l'auteur crée un monde stratifié de personnages crédibles que le lecteur vient à la fois à craindre et à aimer. Et la polyphonie du récit permet à tant de personnages - en particulier M. Dees, Claire, Raymond et Junior (le grand frère de Katie) - de véhiculer les détails de leur quotidien et leur propre sentiment de chagrin, de solitude et surtout de regret. Un des plus grands aboutissements de ce roman étant à mon avis d’emmener le lecteur à s'identifier même au plus suspicieux de ces personnages et cette idiosyncrasie qui permet de réellement cerner l'individu derrière les façades.

L'enquête en elle-même est amenée lentement, les révélations se suivent, les secrets se déterrent et la disparition, qui reste quand même le fil conducteur, accompagne en filigrane tous les aspects de la vie dans ce coin isolé, le tout est couronné par une fin originale qui, loin de me retourner l'estomac, m'a tellement émue.
Oui, dans ce roman, il n'y a pas de bon ou mauvais, pas de recherche désespérée de "sensationnel" non plus! Seulement des nuances et une responsabilité en quelque sorte partagée, avec une vraie réflexion sur la nature humaine, chose très peu commune dans les thrillers!

L'auteur a su créer des chroniques complexes, abordant les compromis et les décisions que les gens sont obligés de faire et la façon dont ils font face à l'isolement et le chagrin. Tout au long de ce roman, Martin a tissé des scènes d'auto-réflexion, de tension et de suspense qui portent le lecteur sans qu'il le sache vers la révélation finale.

J'ai beaucoup aimé cette lecture, cette panoplie de personnages avec leurs voix diverses et bien différenciées, ce style d'écriture très "littéraire", imagé, recherché et très entraînant! je n'étais pas surprise de savoir que l'auteur était nominé pour le prix Pulitzer; sa plume est vraiment des plus abouties!

Cet été-là est le récit d'un drame à travers les voix de plusieurs protagonistes, mais c'est aussi le portrait d'une époque, et d'une petite ville américaine, avec beaucoup de mélancolie et de nostalgie.

Alors si vous cherchez un roman noir poignant, subtil, sensoriel, n'hésitez plus! Vous allez adorer Cet été-là, un livre qui tient toutes ses promesses!


Mon avis en vidéo:



Extraits:


"Je suis désormais un vieil homme, et même si plus de trente années se sont écoulées, je me rappelle encore cet été et ses secrets, la chaleur et la manière qu’avait la lumière de se prolonger le soir comme si elle n’allait jamais partir. Si vous voulez écouter, vous allez devoir me faire confiance. Sinon, refermez ce livre et retournez à votre vie. Je vous préviens : cette histoire est aussi dure à entendre qu’elle l’est pour moi à raconter."

"Ca se passe ainsi avec les personnes qui sont au bout du malheur. Le tourment monte en eux, leur vie explose, et ils se retrouvent brisés à jamais."

"C’est drôle comme quelqu’un peut arriver et ouvrir votre vie, vous montrer exactement ce qu’il y a à l’intérieur. Moi, j’étais une veuve qui stockait ses larmes en prévision des jours et des nuits solitaires qui, je le craignais, m’attendaient. Mais Ray m’a embrassé la main, et j’ai su que je lui dirais n’importe quoi, que je lui parlerais de Bill et lui raconterais que vers la fin il s’était replié sur lui-même, ruminant à cause de son cœur malade. Nous avions oublié l’amour, oublié ce qui nous avait rapprochés au début. Mais tout m’était revenu le jour où il était tombé par terre."

"Relève la tête, me disait ma mère. Il n'y a rien par terre que tes pieds."