mardi 15 mai 2018

Une Autre Histoire de Sarah J. Naughton: Beaucoup plus qu'un thriller psychologique!



Titre original: The Girlfriend
Date de parution: 08/03/2018
Editeur: SONATINE
Nombre de pages: 416 p


     Je suis sûre que tu as déjà eu affaire à ce genre de roman..tu sais, ce roman dont tu ne connais ni l'auteur ni le résumé, que tu commences sans aucune attente, à la limite pour faire une pause entre un Grangé et un Thilliez, puis (et c'est bien fait pour toi) qui s'avère tout aussi bon que ces deux-là et tout aussi addictif! Tu l'as reconnu? Le coup de cœur totalement inattendu, le livre subtile et fin, sans sang, sans aucune scène gore, sans tueurs (ou presque) mais qui te prend au tripes et te promène par le bout du nez. Oui, je te parle de celui-là! Voilà, maintenant on peut commencer...



Resumé: 


La vérité n'est jamais là où on l'attend.
Élevée par un père violent et une mère soumise, Mags a fui l'Angleterre dès qu'elle a pu pour devenir une brillante avocate à Las Vegas. Lorsqu'elle apprend que son jeune frère, Abe, a été victime d'un accident et se trouve dans le coma, elle revient pour la première fois depuis longtemps à Londres. Là, elle a la surprise de rencontrer sa petite amie, Jody, dont il ne lui avait jamais parlé. Elle est plus surprise encore quand Jody, inconsolable, lui révèle qu'il ne s'agit pas d'un accident mais d'un suicide. Dépressif, Abe s'est jeté par la fenêtre. Peu à peu, la version officielle semble néanmoins présenter d'étranges incohérences. Jody dit-elle toute la vérité ? Était-elle vraiment la petite amie d'Abe ou une experte en manipulation ?
À ce stade du résumé, votre opinion est sans doute déjà faite. Jody est coupable, elle a d'une façon ou d'une autre participé à la chute d'Abe, Mags va découvrir la vérité. C'est du tout cuit : un thriller de plus parmi tant d'autres. Eh bien, détrompez-vous. Si les apparences sont en effet trompeuses, vous n'imaginez pas à quel point. Vous êtes surtout loin de vous douter avec quelle maestria Sarah Naughton vous manipule.

Vous croyez lire une histoire et c'en est une autre, bien plus captivante, qui va se dévoiler.




Mon avis: 



Je suis folle amoureuse de ce livre pour de nombreuses raisons dont je ne peux pas parler sinon, je vais vous spoiler et vous empêcher de tomber follement amoureux de ce livre! 

Ce serait la revue la plus courte jamais écrite, alors parlons un peu des choses. Pour commencer, vous attendez probablement le genre de thriller psychologique habituel. Hé bien oui. Et non (Dit-elle énigmatiquement)

Les personnages de ce roman sont extraordinairement intrigants, attachants aussi à leur façon, mais ils ne feront nécessairement pas ce que vous attendez d'eux, et ce, à plus d'une reprise. 

Sarah J Naughton a un sens aigu des complexes psychologiques, ett elle vous attachera du début à la fin. Il y a vraiment des histoires magnifiquement superposés, des suppositions difficiles, explorant des thèmes sombres et jonglant avec les émotions du lecteur d'une extrême à l'autre dans presque tous les chapitres.

Une Autre Histoire est un bouquin très très intelligent. Parfois très sournois. Certainement poignant. Et de bout en bout surprenant. Véritablement surprenant, avec des rebondissements bien dosés et une fin géniale, complètement inattendue! Quand j'y suis arrivée, j'ai dû prendre du recul et faire le point sur ce que je ressentais. BAM. Dans ta face. Mais doucement...

Je l'ai aimé..beaucoup. Parce que ce n'est pas vraiment à propos de ce que vous pensez. La surface offrira aux fans de thrillers psychologiques tout ce qu'ils espèrent.. alors que les profondeurs cachées offriront tout le reste. Donc vraiment, tout le monde devrait lire ce roman!


Mot de la fin: 



Personne ne croit un menteur. Même quand ils disent la vérité.

Quelle est la vérité? Eh bien, vous devrez lire ce livre si vous voulez savoir. Désolée. C'est comme ça que ça se passe..

Motus et bouche cousue.

Hautement recommandé! Mais ça, tu l'as déjà compris.




lundi 23 octobre 2017

La Cible était Française de Lee CHILD: Jack Reacher..plus badass que jamais!

Titre en VO: Personal
Editeur: Calmann-Levy
Date de parution: 06/09/2017
Nombre de pages: 368
Resumé:

Émoi dans tous les services de sécurité du monde: un inconnu vient de tirer sur le président de la République française à Paris, et la balle est américaine. Le sniper a touché l’écran de protection à la distance phénoménale de 1 400 mètres et l’avertissement est clair : la prochaine fois, ce sera au sommet du G8. Et Dieu sait combien il y fera de victimes.
Mais qui est ce tireur d’élite ? Seuls quatre hommes sont susceptibles d’avoir accompli cet exploit, et l’un deux, John Kott, est un Américain que Jack Reacher a fait mettre en prison quinze ans plus tôt. Aujourd’hui libéré, l’homme reste introuvable. Et c’est Jack Reacher que l’armée missionne en secret pour mettre la main sur le tireur.

Entre Paris et Londres, en tandem avec une jeune analyste, Reacher va se retrouver en butte à toutes sortes d’individus des services spéciaux russes, anglais et français, sans compter des assassins serbes et autres traîtres. Sa mission n’a jamais été aussi périlleuse.




Mon avis:


Quelqu'un a tiré sur le président de la République Française à Paris avec un fusil de sniper. Qui était-ce? Et pourquoi? Voici quelques questions auxquelles Reacher devrait trouver les réponses. En combattant des hommes, les fusillant parfois, avec ses mains nues, et quelques balles. Jack Reacher est de retour!

C'est le 19ème opus de la célèbre saga de Jack Reacher. Si vous n'avez pas encore lu cette série, commencez maintenant! Vous pouvez les lire tous en quelques semaines, mais ne le faites pas, car vous devrez attendre une année pour le prochain. 
Ils sont des "whodunnits" délicieusement pédants. Et aussi des thrillers assez violents. Et ils racontent tous les aventures d'un seul homme. Jack Reacher!


Reacher est un solitaire.. Il fait de l'auto-stop ou prend le Greyhound. Il n'a pas de carte de crédit ni de téléphone. Il achète de nouveaux vêtements tous les trois jours et jette les anciens. Il ne possède rien sauf une brosse à dents. Il a souvent tort, est laconiquement drôle et carrément irrésistible pour la gent féminine. 

Cet héros ex-militaire était dans la police militaire de l'armée américaine. très cool, et utile si vous voulez écrire des hybrides polar-action. Appartenir à la police militaire signifie deux choses: Un, il est un enquêteur qualifié. Deux, il pourrait battre tout le monde dans l'armée.

Cette fois c'est "personal" (le titre du roman en VO). L'un des gars qu'on soupçonne de tirer sur le président Français connaît Reacher. Parce que ce dernier l'a mis hors-circuit il y a des années pour avoir tué un camarade dans une dispute de bar. Ce gars est un tireur hors-norme, et tant qu'il est en liberté, il est un danger ambulant! Donc naturellement notre Jack est appelé pour le neutraliser.

De l'action à foison, des rencontres peu communes..un agent secret russe à Paris, un gars gallois un peu louche à Londres, un gang serbe à Acton, un autre à Barking. Pas l'itinéraire habituel de tourisme-thriller. 

Et bien sûr, c'est un Lee Child, donc tellement bon qu'il fait paraître l'écriture "littéraire" pâle, flasque et surfaite. Ses phrases sciées s'amoncellent générant un élan implacable et en même temps aéré, agréable, rapide sans être oppressant. Beaucoup d'interludes éducatifs, notamment un paragraphe entier sur comment éclater une porte..des riffs sardoniques sur le consumérisme..toujours placés intelligemment dans le flux et le reflux des informations, contribuant au suspense. 

Tireurs d'élite, gangsters, géants, ex-militaires rancuniers..différentes façons de briser les membres des gens..ou de leur tirer dessus au visage, femmes fortes et intéressantes, petites villes, grandes villes, pistolets et coudes, café... Chaque nouveau roman recèle une nouvelle combinaison. 
"La cible était française" est une réussite totale, un Lee Child pur jus à 200 à l'heure, haletant, efficace et passionnant! 


Verdict:


Child ne peut pas s'arrêter maintenant. Il ne doit pas s'arrêter. Trop de gens dépendent d'un homme unique dans son genre..Jack Reacher!






vendredi 20 octobre 2017

Entre Deux Mondes de Olivier NOREK: Insoutenable..Inoubliable!

Editeur: Michel Lafon
Date de parution: 05/10/2017
Nombre de page: 413


Ce livre m'a anéantie! m'a secouée, m'a laissée en larmes, le cœur en miettes, l'espoir et la frustration se mêlant dans ma tête. 


Résumé:


Fuyant un régime sanguinaire et un pays en guerre, Adam a envoyé sa femme Nora et sa fille Maya à six mille kilomètres de là, dans un endroit où elles devraient l'attendre en sécurité. Il les rejoindra bientôt, et ils organiseront leur avenir. 
Mais arrivé là-bas, il ne les trouve pas. Ce qu'il découvre, en revanche, c'est un monde entre deux mondes pour damnés de la Terre entre deux vies. Dans cet univers sans loi, aucune police n'ose mettre les pieds. 
Un assassin va profiter de cette situation. 
Dès le premier crime, Adam décide d'intervenir. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'il est flic, et que face à l'espoir qui s'amenuise de revoir un jour Nora et Maya, cette enquête est le seul moyen pour lui de ne pas devenir fou. 
Bastien est un policier français. Il connaît cette zone de non-droit et les terreurs qu'elle engendre. Mais lorsque Adam, ce flic étranger, lui demande son aide, le temps est venu pour lui d'ouvrir les yeux sur la réalité et de faire un choix, quitte à se mettre en danger. 




Mon avis:



Olivier Norek sans Victor Coste? j'étais septique! Mais maintenant que j'ai lu Entre Deux Mondes, je le félicite de tout mon cœur..car si le choix de la thématique était audacieux (voire osé), Norek s'est surpassé, il ne s'agit plus d'un polar qui sent le vécu, mais d'une réelle tragédie humaine abordée avec une sensibilité et une intelligence impressionnantes! 

Ce livre est poignant, cruel, violent, limite insoutenable, mais ça déborde d'humanité!

L'humain dans ce qu'il peut être de pire..et de meilleur! L'humain sans frontières de langues, de religions, de couleurs, de pays! 
La jungle de Calais, cet endroit "unique" qui gît entre deux mondes, qui abrite les réfugiés juste pour les empêcher d'atteindre l’Angleterre, cet "état" dans l'état, qui n'obéit justement qu'aux lois de la jungle, la loi du plus fort! Le seul endroit en France où la police ne peut pas enquêter, ni arrêter, ni intervenir! 

Entre le quotidien des migrants, rêves bafoués, familles perdues, rage au ventre, droits absents...et celui des flics de Calais, désillusion, dangers, remords, frustration...le bien et le mal n'ont pas lieu d'être!

Ce livre est un précieux témoignage sans jugement, sans parti-pris, sans condamnation explicite, écrit avec beaucoup de cœur..et de sang..et de tripes! et si j'ai pleuré à plus d'une reprise ce n'était pas que de la tristesse, c'était de la compassion, de l'émotion, et de l'amour pour ces personnages qui nous font presque oublier les horreurs de la jungle!

Oui, Olivier Norek s'est surpassé, il n'est décidément plus "le flic qui écrit des histoires de flics", il est l'écrivain assumé dont le talent n'est plus à confirmer. Le style d'écriture est plus que jamais soigné, mais toujours sans fioritures..avec ce supplément d'âme, d'humain, qui vous touche et vous hante et vous bouleverse! 
Lisez ce roman, vous en sortirez ébranlé, secoué, mais plus humain!


Et je vous avoue que, vu l'évolution de Norek d'un roman à l'autre, j'ai presque peur de lire son prochain!!




Extraits:


"Ce n'est pas le premier. La violence est partout puisque la pauvreté est immense. Tu ne peux pas mettre ensemble dix mille hommes, quasiment enfermés, tributaires de la générosité des Calaisiens et des humanitaires, sans autre espoir qu'une traversée illégale, et croire que tout va bien se passer. Des morts, il y en a toutes les semaines. Les No Border les traînent aux limites de la Jungle, devant les CRS, mais parfois ils sont simplement enterrés entre les dunes et la forêt. Si un jour ils rasent la Jungle, il ne faudra pas creuser trop profond."





jeudi 19 octobre 2017

Un Moindre Mal de Joe Flanagan: Simplement Superbe!


Titre original: Lesser Evils
Editeur: GALLMAISTER
Date de parution: 06/04/2017
Nombre de pages: 470

Résumé:

Cape Cod, 1957. Dans cette petite communauté tranquille, une série de meurtres d’enfants paralyse la population. Une famille disparaît dans d’étranges circonstances, un homme se fait violemment tabasser et refuse de dénoncer ses agresseurs. Le lieutenant Warren, de la police locale, découvre la difficulté de mener à bien son enquête dans un service corrompu. Sa position devient intenable quand arrive dans la région Stasiak, officier légendaire de la Police d’État aux pratiques douteuses. Destitué de ses dossiers, Warren comprend vite que résoudre ces affaires n’est pas ce que recherche ce flic brutal et manipulateur. Pourtant il ne peut rester en retrait de ce chaos, au risque d’y perdre sa place, sa réputation et peut-être beaucoup plus.


Avis de Atef:

Peut-on encore écrire dans le registre du roman noir de nos jours sans tomber dans la formule toute faite ou le déjà vu/lu ? L'exercice semble d'autant plus périlleux qu'il s'agit peut-être du genre le plus codifié qui existe et le plus enclin à tomber dans sa propre caricature. C'est pourtant le genre qu'a décidé d'aborder le nouveau venu Joe Flanagan pour son premier roman, ce Lesser Evils (en VO), encensé un peu partout par les critiques et les lecteurs. Tellement encensé d'ailleurs que l'éditeur s'est empressé de joindre au livre un bandeau publicitaire du Publisher's Weekly qui le compare à rien de moins que le L.A Confidential d'Ellroy, transposé à Cape Cod. Si la pratique est très courante, il convient d'emblée de lever la confusion: les deux romans partagent bien évidemment les grandes lignes : Police corrompue, journalistes troubles, crimes mafieux, inspecteurs incorruptibles...  mais encore une fois, ils ne sont pas propres au roman d'Ellroy mais constituent des passages quasi obligés pour tout roman noir ''classique'' qui se respecte. 

   Classique, le roman de Flanagan l'est jusqu'à la moelle. Et ceci dans tout ce que le terme implique de meilleur puisque l'auteur fait preuve d'une maîtrise saisissante dans le déroulement de son intrigue et la gestion de son suspense. Fort d'une documentation exhaustive, Flanagan entraîne son lecteur le long d'une enquête aux prémices simples mais aux ramifications inattendues sans que jamais l'on perde le fil tout en redonnant toute sa place à l'investigation -élément malheureusement trop peu présent dans les écrits actuels-. L'histoire est donc dense, riche en rebondissement et surtout, rondement menée sans grossiers artifices et, en cela, le défi est amplement relevé. Plus encore, Flanagan a le bon sens de donner toute la place nécessaire à ses personnages pour exister, y compris la légion de seconds rôles, brossant ainsi une mosaïque  de profils différents et passionnants. Par ailleurs, l'histoire est articulée autour d'un duel entre deux fortes têtes aux antipodes l'un de l'autre, le lieutenant Warren et l'officier Stasiak dont les affrontements jalonneront le récit et serviront de moteur à l'avancement de l'enquête.   

   Pour autant, l'auteur ne s'en remet pas uniquement à l'efficacité de son enquête mais affiche une belle ambition en délocalisant celle-ci loin du cadre trop usité de L.A vers Hyannis, une bourgade à Cape Cod. Un choix potentiellement casse-gueule mais que Flanagan utilise à son avantage et transforme en atout non négligeable tant il apporte une originalité inattendue à un genre ultra balisé. Le roman se fend donc d'une belle dimension sociale à travers son regard sur une certaine Amérique communautaire encore empêtrée dans ses croyances religieuses tout en étant profondément discriminatoire (le fils attardé du héros, le couple homosexuel, le racisme ordinaire de la police locale...). Tout ceci est amené avec une plume fine, authentique et qui sait se montrer incisive quand il le faut. A ce titre, le final d'une centaine de pages, riche en adrénaline est furieusement réussi. 


  Avec ce somptueux premier roman, Joe Flanagan s'impose d'emblée comme un auteur de polar doué avec lequel il faudra dorénavant compter. 


ATEF ATTIA

lundi 31 juillet 2017

Notre Petit Secret de ROZ NAY: Une "petite" pépite du genre!




Prix Douglas Kennedy du meilleur thriller étranger
Titre original: Our little Secret
ME: Hugo et Compagnie
Date de parution: 18/05/2017


J'ai remarqué qu'on ne parle pas assez de ce roman sur la blogo et sur la toile, ce que je trouve bien dommage! C'est l'un de ces rares romans à suspense qui ont réussi à raconter une histoire complètement immersive de la manière la plus courte, la plus concise et la plus addictive possible.
Oui, j'ai été conquise, je vous explique pourquoi...


Resumé:


Angela est interrogée par la police : la femme de son ex petit ami a disparu, et l'inspecteur Novak est persuadé qu'elle en sait davantage qu'elle ne veut bien le dire. Alors, encouragée par Novak, Angela va raconter son histoire. Une histoire qui commence dix ans plus tôt, au lycée de Cove, dans le Vermont, par sa rencontre avec HP, en qui elle reconnaît son âme sœur. Mais le récit d'Angela va révéler un sombre écheveau de trahisons et de pulsions destructrices, au cœur d'un troublant triangle amoureux.




Mon avis:


 En moins de 300 pages, Roz Nay vous fera traverser tout un panel d'émotions envers ses personnages et son histoire. Préparez-vous à être tour à tour attendris, furieux, frustrés, horrifiés, émus...mais constamment manipulés!

Son écriture est facile, simple, sans fioritures, et vous emporte dans l'histoire dès la toute première page. Vous ne sentirez pas le temps passer et vous finirez ce roman sans vous en rendre compte.

Ce thriller psychologique met l'accent sur la disparition d'une femme et sur un triangle amoureux qui est au centre de cette disparition. Tout le récit est l'interview de notre protagoniste, Angela, qui est aussi le narrateur, par un détective qui essaie de comprendre ce qui est arrivé à la disparue. 

Le personnage principal nous raconte donc l'histoire qui commence en son adolescence alors qu'elle construit l'intrigue de manière complètement addictive. Pour un roman aussi court, l'histoire est juste impressionnante!

Le récit se compose de scènes dans une salle d'interrogatoire entre Angela et le détective Novak ainsi que des séquences de flash-back qui nous transportent partout dans la vie de Angela, car elle raconte comment elle a connu toutes les personnes concernées. 

Avec une fluidité étonnante, Roy Naz livre l'un des thrillers psychologiques les plus addictifs et les plus rythmés que j'ai jamais lus. Alors qu'on imagine que l'histoire va se focaliser sur les événements actuels, Notre Petit Secret nous offre une histoire beaucoup plus complexe qui prend origine dans l'adolescence des protagonistes et leurs premiers émois. 

Cette structure vous rendra rapidement accro à mesure que vous apprenez à connaître les personnages et les moments significatifs qu'Angela a partagés avec chacun. C'est grâce au récit de ses souvenirs que les indices sont lancés un par un alors que l'intrigue se construit à un rythme constant et impitoyable.

Bien que certaines des décisions d'Angela tout au long de sa vie soient tout à fait discutables, vous ne pourrez que constater combien un amour sincère peut mal tourner, oui c'est pas nouveau mais ce roman nous le montre d'une manière des plus inouïes. 
L'élément le plus fascinant de ce livre réside toutefois dans sa capacité à manipuler le lecteur. 
Dépassé par le rythme rapide, il y a trop peu de temps pour réfléchir deux fois, et encore moins pour que les émotions soient filtrées et nuancées. 
J'ai bien aimé le fait que tout le monde aurait pu être coupable et que Roz Nay se plaît à nous faire douter sans forcer, sans effort, sans prétention. 
Même la relation entre le détective et Angela (au présent) a été intelligemment intégrée. Aucune hypothèse ne semble impossible à mesure que le rideau descend lentement.

Sans oublier la révélation finale magistrale (ou dans une autre version, le "twist ending" de malade de la mort qui tue!!!) qui va certainement vous tomber sur la tête et vous laisser sans parole pour quelques bonnes minutes!


Mot de la fin:


D'une simplicité déconcertante, d'un réalisme frappant et d'une intelligence exceptionnelle; Notre Petit Secret fera certainement partie de mes coups de cœur de l'été! Ce roman a aussi réussi à surmonter mon aversion pour les triangles amoureux! C'est vous dire à quel point il est réussi!!





jeudi 22 juin 2017

Au fond de l'eau de Paula HAWKINS: Aquatique, noir et captivant!

Titre VO: Into the Water
Editeur: SONATINE
Parution: 08/06/2017
416 pages


Quatrième de couverture:


La veille de sa mort, Nel a appelé sa sœur, Julia. Qui n'a pas voulu lui répondre. Alors que le corps de Nel vient d'être retrouvé dans la rivière qui traverse Beckford, leur ville natale, Julia est effrayée à l'idée de revenir sur les lieux de son enfance. De quoi a-t-elle le plus peur ? D'affronter le prétendu suicide de sa sœur ? De s'occuper de Lena, sa nièce de quinze ans, qu'elle ne connaît pas ? Ou de faire face à un passé qu'elle a toujours fui ? Plus que tout encore, c'est peut-être la rivière qui la terrifie, ces eaux à la fois enchanteresses et mortelles, où, depuis toujours, les tragédies se succèdent.



Mon avis:


En 2015, le premier roman de Paula Hawkins, la Fille du Train, est devenu en quelques semaines un incontournable dans le monde du thriller psychologique. Si vous êtes l'une des rares personnes qui ne l'ont pas lu (ni vu le film), il s'agit d'une femme qui a tout perdu - son mariage, son métier et son estime de soi - et passe la plupart de son temps en état d'ébriété, Souffrant d'amnésies et d'absences et qui se trouve mêlée à une enquête sur la disparition d'une femme dont elle épiait la vie quotidiennement lors de ses passages en train. Vivant dans un brouillard alcoolisé qui l'empêche de distinguer les souvenirs des rêveries, elle découvre néanmoins qu'elle est plus impliquée dans cette histoire qu'elle ne le pensait. Voilà en gros.
L'une des choses les plus intéressantes dans ce livre était la façon dont Hawkins a utilisé le manque de fiabilité des perceptions de son personnage pour déstabiliser le lecteur, qui est obligé de dépister les contradictions et les lacunes pour deviner la vérité..et encore!

Le très attendu Au fond de l'eau emploie également cette procédure de déboussoler le lecteur avec des informations contradictoires, et revisite certains des thèmes centraux de La Fille du Train: mémoire, illusion, perception, duperie...
Mais ici, bien que l'intrigue comporte des décès suspects et des enquêtes criminelles, il existe de nombreux autres éléments qui prennent le dessus à savoir les relations entre les individus, les familles et les communautés.

Le cadre est la petite ville anglaise de Beckford, où, comme dans toutes les petites villes du monde, les vies des habitants entrent en collision et se chevauchent intimement, les malheurs privés sont des connaissances publiques et les étrangers sont considérés avec suspicion. 

Beckford abrite également "le bassin des noyées", une partie de la rivière qui court sous une falaise, dans laquelle de nombreuses femmes dans toute l'histoire de la ville ont rencontré la mort soit par accident, suicide, meurtre ou - dans un cas - un procès de sorcellerie du XVIIe siècle. Ce bassin est devenu un morceau de la mythologie sombre de la ville - "un endroit pour se débarrasser des femmes à problème" comme dirait Nel dans son documentaire.

Aussi placide que l'eau cachant des siècles de cadavres, la ville couvre bien ses propres secrets: des mariages malheureux, des abus, des liaisons extra-conjugales , des angoisses, des mensonges, des crimes et les destinées de ses femmes victimisées.

Le roman commence par la mort de Nel Abbott, une femme qui est retournée à Beckford pour écrire un livre sur l'histoire du bassin des noyées qui l'avait fascinée depuis son enfance. 

Des extraits du manuscrit inédit de Nel - une partie de l'histoire locale, des mémoires partiels - apparaissent tout au long du livre alors qu'elle réinvente les décès de certaines femmes, examine les événements de sa propre vie et romance le phénomène, évoquant une sorte de souffrance commune qui lie les victimes des eaux.

Le projet de Nel l'a rendue impopulaire pour les habitants dont les proches - mères, sœurs, filles, épouses - sont mortes dans cette eau et qui pourraient avoir des raisons sinistres pour vouloir garder le secret. 
Quand Nel elle-même devient l'une des victimes de la rivière, beaucoup se sentent soulagés, même joyeux; Mais il n'y a aucun indice d'une possible lutte, sa mort est considérée comme un accident ou un suicide.

Jules, la sœur cadette de Nel, la voix principale du roman, arrive à Beckford pour identifier le corps et s'occuper de Lena, la fille de 15 ans de Nel, devenant tout à coup responsable d'une nièce qu'elle n'a jamais rencontrée. Lena qui a perdu sa meilleure amie Katie à la rivière, juste quelques semaines avant, un suicide apparent.

Jules est un personnage étrange. Timide et maladroite, elle a une boulimie résiduelle de son enfance et une rancune incurable envers avec sa sœur décédée, avec qui elle n'avait pas parlé depuis les funérailles de leur mère, mais à qui elle parle - tout au long du roman, avec un "Tu" percutant et bouleversant. 
Elle est également prédisposée à des lacunes de mémoire à court terme.

Revenir à Beckford et rencontrer Lena - l'image crachée de Nel à la fois en apparence et en tempérament - rappelle des souvenirs douloureux d'un moment fatidique dans l'enfance des sœurs, un événement dont on ne comprendra le réel impact que tard dans le roman.

Le livre commence rapidement avec une polyphonie directe. Le nombre de personnages ayant une voix (parlant à la première personne) pose problème surtout au début. 

En effet, les 50 premières pages contiennent 12 chapitres courts de neuf points de vue différents, les prénoms sont très facilement confondus à ce stade précoce: Libby, Lena, Louise, Josh, Jules... Certains de ces chapitres ont des dates jointes, d'autres pas; Certains sont écrits à la première personne, certains en troisième personne; Certains sont des extraits du manuscrit de Nel

C'est une introduction un peu déroutante certes, mais heureusement, on s'y habitue rapidement, les personnages sont tellement bien travaillés qu'on distingue les tons et on arrive à suivre. 
Une fois ce problème résolu donc, la lutte pour déterminer à qui on peut faire confiance commence. L'action a lieu au cours du mois suivant la mort de Nel, et la perspective passe rapidement d'une personne à l'autre, révélant à chaque fois des pêchés et des mensonges!

Les noyades de Nel, Katie et plusieurs autres femmes est la pièce maîtresse du livre. Le suspense repose sur des illusions, des coïncidences, des malentendus, une mauvaise communication et beaucoup de faux-semblants. 
Hawkins revient aussi à l'idée du manque de fiabilité de la mémoire, où les souvenirs douloureux sont déformés délibérément ou inconsciemment, et comment les traumatismes infantiles peuvent rendre l'esprit vulnérable à la manipulation, ou enclins à fabriquer des leurres pour combler les lacunes (comme mécanisme d'adaptation). 

Il y a beaucoup de fil à retordre, et la façon dont Hawkins s'occupe de ses révélations varie: certaines sont ouvertes et déclaratives, certaines décontractées comme des vérités collatérales, et certaines restent entièrement non écrites, où le lecteur a tous les indices nécessaires pour tirer la conclusion logique sans la prise en main d'une révélation ponctuelle.

Il y a quelques faux pas qui ne touche en rien l'intégrité du récit. Les chapitres ultra-courts donne un rythme rapide, mais le changement brusque et arbitraire des points de vue peut compromettre la capacité des lecteurs à se plonger dans l'histoire. Cependant, la psychologie des personnages est super bien fouillée, on ne s'ennuie presque jamais et le dernier chapitre est un vrai feu d'artifice! Une superbe fin parfaite pour clôturer le suspens!



Verdict:


Je pense que ce livre fera moins de bruit que le précédent. Les fans vont le trouver moins flashy et, malgré le suspens, plus contemplatif et plus lugubre que le La fille du train. Moi je l'ai dévoré en à peine deux jours et je n'étais pas déçue malgré la crainte que j'avais au début. Je trouve louable que l'auteure n'a pas choisi la facilité, elle a pris du risque tout en montrant une rare capacité stylistique. Je suis très intéressée de voir ce qu'elle fera par la suite.



Extrait:

"J’ai cherché ce que j’allais pouvoir te dire en arrivant, je savais que tu avais fait ça exprès pour me faire du mal, pour me contrarier, pour m’effrayer, pour bouleverser ma vie. Pour attirer mon attention, pour me forcer à revenir. Alors bravo, Nel, tu as réussi : me voilà de retour dans cet endroit que je ne voulais plus jamais revoir, sommée de m’occuper de ta fille, et de remettre de l’ordre dans tout ton bordel."




mercredi 14 juin 2017

L'Homme-Feu de JOE HILL: un roman Brûlant!

Titre original: The Fireman
Maison d'édition: JC Lattès
Parution: 07/06/2017
700 pages
      

J'ai lu ce roman à sa sortie en VO (the Fireman) et c'est avec un plaisir renouvelé que j'ai relu la version française fournie par JC Lattès. Le fils de Stephen King frappe fort cette fois!


Quatrième de couverture:



Personne ne sait exactement quand et où cela a commencé.
Sur le corps des hommes et des femmes de magnifiques tatouages apparaissent et brûlent plus ou moins violemment les individus qui les portent… Boston, Détroit, Seattle… sont frappés. Il n’existe pas d’antidote.
Harper est une infirmière merveilleusement bienveillante. Le même jour, elle découvre qu’elle est enceinte et qu’elle est touchée par le virus. Paniqué son mari fuit.
Et dans ce monde en ruines où des micros sociétés se créent et des milices d’exterminations traquent les malades, Harper va rencontrer l’Homme-feu capable de contrôler le feu intérieur qui consume les humains. Ensemble, ils vont tenter de sauver une société terrorisée où chacun est prêt au pire pour tenter de survivre.
Une fresque aussi profonde que fascinante sur l’homme face à ses peurs vertigineuses et à sa puissance de vie.




Mon avis:


      La fin du monde est une des thématiques les plus récurrentes dans la littérature de genre, il y en a pour tous les goûts, un astéroïde géant, une invasion extraterrestre, un virus, les zombies (effet walking dead)...
Le divertissement étant dans le passage du pré-désastre d'ici aux horreurs de là-bas. Mais beaucoup de ces histoires portent un message "clandestin". Les contes de fin du monde n'existent pas seulement pour titiller et faire peur, mais pour porter un noyau de perspective avec le fun. 
L'effondrement de la civilisation est un des mécanismes préférés pour les écrivains qui veulent jeter la lumière sur les tréfonds de la nature humaine

Joe Hill est sorti des sentiers battus et a choisi un moyen ingénieux pour apporter sa vision apocalyptique. Draco incendia trychophyton est une spore aux propriétés inhabituelles. Des hiéroglyphes en noir parsemé de doré apparaissent sur la peau des personnes contaminés, qui ne tardent pas à s'embraser aléatoirement et spontanément sans aucun moyen de contrôler le feu. Cette affliction est appelée "écaille de dragon" et personne ne sait comment elle se transmet ni comment s'en protéger.

Harper Grayson, une infirmière scolaire, est une jeune femme simple et sans histoires. Elle est dévouée, gentille et ferme avec ses patients, son idole est Mary Poppins, elle mène une vie normale avec son époux Jakob jusqu'à l'avènement de la pandémie. Harper, motivée par son grand cœur et son envie d'aider se porte volontaire pour s'occuper des patients mis en quarantaine dans l’hôpital du coin (après la fermeture inévitable de l'école), où elle vit l'horreur au quotidien, le feu n'épargne personne et se fout des précautions médicales.

Harper et Jakob s'étaient promis de se tuer à l'apparition des premiers signes de la maladie plutôt que de se laisser brûler vifs. Mais quand elle a découvert sa grossesse, l'apparition des signes noirs et dorés sur sa peau devient un défi pas une peine de mort. Elle a vu des mères malades donner naissance à des bébés sains et elle espérait en faire partie. Malheureusement son mari avait d'autres plans et la pauvre se trouve traquée sans merci au plein milieu de l'horreur!

L'homme-feu du titre est John Rookwood. Sa première rencontre avec Harper était quand l’hôpital où elle travaillait s'est effondré. Il l'a sauvée de son mari et l'a emmenée vers un camps de survivants, où elle va découvrir que le l'écaille de dragon peut ne pas être une malédiction! John peut contrôler le feu des gens contaminés et maîtrise sa propre maladie! 

Ce livre peut avoir au moins deux degrés de lecture. En surface, c'est une aventure sci-fi/horreur palpitante, un page-turner excitant et effrayant. 
Harper est un personnage très attachant. Une femme enceinte fuyant des forces obscures, essayant au même temps de comprendre sa maladie et son sauveur. Une femme qui incarne la joie et la positivité dans cette ambiance glauque et désolante. Ajoutons à ça John, l'allié mystérieux et plein de pouvoirs et de secrets, des bons, des méchants, et plusieurs "entre les deux". Beaucoup d'action et une riche atmosphère, et le tour est joué.

Ceci dit, il y a plus. Ce n'est pas juste une catastrophe dans laquelle un groupe de survivants trouve un modus vivendi pratique dans l'ombre de l'horreur mondiale. 
Joe Hill ne cherche pas seulement à faire peur à ses lecteurs. Il veut offrir quelque chose de plus substantiel. L'homme-feu livre ce que la littérature "spéculative" a de meilleur: un regard dans la réalité contemporaine à travers une lentille de fantastique. 
On trouve une critique du fanatisme, du pouvoir des cultes, de l'hypocrisie des dirigeants, une guerre entre le bien et le mal avec une vision loin d'être manichéenne. Ce n'est pas sans rappeler le cultissime "Fléau" de Stephen King, en moins épique et plus brûlant.

Un roman qui vaut certainement le détour! Et si Joe Hill prépare une suite, et bien je serai preneuse!


Extraits:

"Bien souvent notre séjour sur terre est trop bref. Des gens vivent démunis, certains fuient la guerre et la famine. Une épidémie ici, une inondation là. Mais l'être humain a toujours trouvé la force de chanter. Le nouveau-né s'arrête de geindre lorsqu'il entend une mélodie agréable. Chanter, c'est donner de l'eau aux assoiffés, c'est avoir un geste tendre, c'est briller. La meilleure preuve de votre utilité en ce monde réside dans les modulations de votre voix et dans votre manière d'étinceler pour autrui. Les ignorants tombent et tomberont au cœur du brasier. [...]
L'égoïsme est un dangereux combustible. Quand vous accueillez celui qui a froid sous votre couverture, vous vous réchauffez tous les deux. Quand vous soignez le malade avec vos médicaments, sa guérison panse vos plaies. Un type beaucoup plus intelligent que moi a prétendu que l'enfer, c'était les autres. J'ajouterais pour ma part que l'enfer, c'est refuser par cupidité l'essentiel au nécessiteux. Ne perdez pas votre âme. Chérissez votre prochain ou bien vous marcherez sur les cendres, une allumette à la main."

"Les bourreaux trouvent toujours un moyen de justifier la monstruosité de leurs actes. Un petit massacre ici, une minuscule torture là. Ce qui était immoral en temps normal devenait moral en période de crise."